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Le tracteur S.I.F.T. de Snecma

Le lundi 11 janvier 1988, l'équipe du garage de Gennevilliers présentait au personnel, en parfait état de marche, un de ces fameux tracteurs de la Société d'Installation de Force et de Traction : le SIFT TD 4. Cette restauration avait pu voir le jour grâce à deux exemplaires de même type retrouvés, l'un par M. Maugras, mécanicien au garage à Gennevilliers, l'autre par M. Dodanthun, directeur financier de la Snecma.

Ces tracteurs, fabriqués à plusieurs milliers d'exemplaires après-guerre ont rendu d'appréciables services aux agriculteurs, aux forestiers, et même dans l'aéronautique en version « Tracteur Aéroport », permettant de remorquer les plus gros avions de l'époque avec la plus grande souplesse, mais également grâce à leur batterie de 24 volts et de 150 Ampères-heure, d'effectuer la mise en marche des moteurs d'avions. C'est ainsi que les mécanos de Gennevilliers. MM. Maugras, Schilsong, Dury et Talion, sous l'autorité du chef de garage, M. Maurey, ont pu disposer du nombre de pièces suffisant pour remonter et rénover complètement un tracteur qui est en tout point, y compris la peinture, identique à ceux de l'époque. M. Dodanthun a félicité les artisans de cette renaissance qui, par leurs connaissances mécaniques, leur goût du travail bien fait, ont su faire revivre ce tracteur superbe.

En effet, après 20 ou 30 années de silence, la « mécanique » tourne comme une horloge, montrant l'excellence de la qualité du matériel d'origine, ainsi que l'excellence du travail accompli par les hommes du garage. Puis, il a ajouté : « Ce tracteur aura sa place dans le futur musée SNECMA dont l'ouverture des portes est prévue à Villaroche dans un an et demi ».

Ce tracteur SIFT, restauré il y a trente ans, reste l'une des pièces « hétéroclites » du Musée Safran fabriquée de 1947 à 1952.

 

La production

La production démarre à la SNECMA en 1947 avec 51 tracteurs. En 1948, la vitesse de croisière est atteinte avec 1039 unités et des pointes mensuelles maxi de 200. Sur les huit premiers mois de l'année 1949, 1152 tracteurs sont fabriqués. Mais la situation financière de la S.N.E.C.M.A. est au plus mal. Le Président Joseph Weill est relevé de ces fonctions suite à des malversations financières. Un décret du 4 août 1949 tendant au redressement économique et financier de la SNECMA prononce alors la fermeture de l'usine d'Argenteuil.

La fabrication des tracteurs va néanmoins se poursuivre, les pouvoirs publics ayant pour projet de faire reprendre la fabrication sur place par une tierce société (projet qui n'aboutira pas). Le 6 juillet, Henri Auguste Desbruères est élu administrateur sur présentation de M. le secrétaire d'Etat à l'Air. Les derniers tracteurs produits par la S.N.E.C.M.A. seront de 8 exemplaires en 1950 et de 92 en 1951. La fabrication des tracteurs est définitivement stoppée. Les ateliers d'Argenteuil sont alors évacués en novembre 1952, et repris par la société Dassault.

L'occasion de revenir sur la situation de Gnome & Rhône à la Libération.

 

Gnome & Rhône à la libération

Après le débarquement en Normandie le 6 juin 1944 et la Libération de Paris en août 1944, notre industrie est au plus mal et nos usines sont à reconstruire. Gnome & Rhône, fabricant de moteurs d'avions, ne fait pas exception à la règle avec les bombardements de ses usines : Gennevilliers d'abord en 1942 puis presque totalement détruite par un raid de la RAF le 10 mai 1944, Arnage le 4 juillet 1943 et Limoges en février 1944.

Seules Kellermann et Argenteuil (ancienne usine de la Société des Moteurs Lorraine) sont épargnées. Il faut réparer et reconstruire. Les machines-outils, lorsqu'elles n'ont pas été emportées par les allemands, sont usées ou ont vieillies. Un administrateur provisoire est alors nommé pour relancer l'activité de Gnome & Rhône. Il s'appelle Jean Lepicard. Rapidement, il établit un programme qui prévoit l'achat de 1200 machines. Le bureau d'étude est de nouveau installé à l'usine de Kellermann dans de vastes locaux spécialement aménagés au-dessus de l'usine blindée.

Les études en cours avant l'armistice de 1940 et continuées clandestinement pendant l'occupation à Limoges vont être poursuivies avec le moteur 14 R de 1680 cv, le 18 R de 2150 cv et le 28 T de 3200 cv. Mais il faut que l'activité redémarre au plus vite dans les ateliers.

 

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  • Tracteur SIFTTracteur SIFT © Safran
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Le redémarrage s'amorce

L'usine de Kellermann entreprend alors la réparation des moteurs Continental qui équipent les tanks Shermann américains, occupant ainsi la moitié du personnel. En un an, 5300 moteurs seront ainsi réparés. Les usines d'Argenteuil et de Gennevilliers contribuent également à l'effort de guerre en réparant 600 moteurs diesel GMC et 1000 motocyclettes de l'armée américaine ce qui vaudra à Gnome & Rhône de recevoir un « US Army Award ». L'usine de Limoges se lance dans la fabrication de plusieurs milliers de mitraillettes.

Par ailleurs, le Ministère de la Guerre passe une commande de 100.000 projectiles de 120 mm forgés à Gennevilliers, usinés en partie sur ce site et sur celui de Kellermann. Enfin les ingénieurs reçoivent une commande d'étude et de fabrication de compresseurs pour travaux public. De nouveaux départements sont créés en particulier pour l'étude des turbocompresseurs et de réacteurs, nouveau mode de propulsion créé pendant la guerre et qui est appelé à un grand avenir. L'usine des Grésillons de Gennevilliers est acquise, et où a été installée et fonctionne une fonderie d'alliages légers. Enfin une campagne de prospection est lancée pour trouver des terrains pour pallier à l'insuffisance des moyens d'essais.

 

La nationalisation

Le 8 mai 1945 voit la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale.  Dès le 29 mai, la Société des Moteurs Gnome & Rhône, dirigée pendant l'occupation par Louis Verdier, est nationalisée par le Gouvernement provisoire et prend le 28 août le nom de Société Nationale d'Etudes et de Construction de Moteurs d'Aviation avec à sa direction Joseph Weill. Le 31 décembre 1945, l'exploitation de l'usine de Limoges est stoppée. Le 1er janvier 1946, le Ministère de l'air demande expressément à la S.N.E.C.M.A. d'exploiter les anciens ateliers de la Société Renault-Aviation que l'état avait réquisitionnés et gérés sous le nom d'Atelier aéronautique de Billancourt. Mais les américains sont partis et la charge de travail liée à leur présence également.

Disposant d'un personnel et de moyens bien supérieurs à ceux nécessaires pour réaliser les commandes reçues de matériels neufs et sans programmes de production à long terme, la S.N.E.C.M.A. doit alors trouver rapidement de nouvelles fabrications autres que celles de sa propre conception ou production. L'idée germe alors de profiter de la reconstruction de l'usine d'Argenteuil pour réaliser en même temps les aménagements nécessaires à la fabrication d'un type d'engins dont la France agricole a besoin : le tracteur. Le choix se tourne alors vers la Société d'Installation de Force et de  traction, firme française la plus ancienne qui se soit intéressée à la motoculture et dont le modèle diesel SIFT TD4, créé en 1938, se vend dans le monde entier grâce à sa robustesse à toute épreuve et son prix très attractif.

 

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